Présentation du projet

A - Introduction

 

Le village de Gatlang est situé dans le district de Rasuwa, à environ 80 km au nord-ouest de Katmandou et 15 km du Tibet. À neuf heures en bus depuis la capitale, il est perché à une altitude de 2240 m . Le village est essentiellement peuplé de Tamang. Gatlang comporte 350 maisons pour 2000 habitants. La dureté du climat assombrit fortement le bois utilisé en toiture et sur une des façades des habitations, ce qui lui a valu le surnom de "village noir". Aujourd'hui les tôles ondulées remplacent sans gènes les magnifiques toitures traditionnelles... Azimut Népal, une agence de trek locale, soutient une reconstruction encourageant les habitants à défendre l'identité architecturale du village, héritage des Tamangs.

 

 

B - Structure urbaine et architecture traditionnelle

 

Le village est dense et l'habitat se développe en bande de deux à six maisons. La majorité des maisons s'oriente vers l'Est. La façade Est est entièrement faites de bois, ornementée de sculptures reprenant les mantras tibétains au niveau de la fenêtre et de la menuiserie de la porte. Les trois autres murs porteurs sont en pierres sèches d'une épaisseur de 80 cm.

 

Les maisons se développent sur trois niveaux. En partie basse sont gardées les bêtes. Les jours entre les lattes de plancher laissent pénétrer la chaleur dégagée par le bétail durant les longues nuits froides d'hivers. Le dernier niveau est principalement utilisé comme stockage mais peut aussi servir de lieu pour dormir, spécialement lors de la mousson, lorsque l'espace de vie est trop humide. La toiture traditionnelle est réalisée en planches de bois superposées.


 C - Situation Actuelle

 

Les 350 maisons sont sérieusement endommagées, voir totalement détruites. Aujourd'hui les habitants ont construit des abris temporaires, plus au moins solidifiés, en dehors du village sur leurs anciennes terres agricoles. Le vieux centre se déserte et les nouvelles habitations apparaissent hors des limites denses du village. Le paysage se dégrade laissant métal et bâches plastiques prendre la place des matériaux traditionnels. La structure urbaine explose. Les habitants les plus aisés reconstruisent des maisons permanentes en bois couvertes de tôle ondulées, voire même en structure béton et remplissage brique. Les plans et les méthodes constructives ne s'inspirent plus de leur héritage.

 D - Vision du Projet

 

L'objectif est de proposer un prototype d'habitat traditionnel incluant les concepts structurels d'un habitat parasismique. La construction doit encourager les villageois vers une reconstruction du village avec sens tout en conservant l'identité architecturale du lieu. La construction et la qualité de mise en œuvre doit inspirer confiance aux habitants. Les concepts parasismiques introduits sont simples et peu coûteux à mettre en œuvre. Les matériaux principaux sont issus des ressources naturelles locales. Le reste des matériaux proviennent de Katmandou ou bien de la ville la plus proche : Shyaprubesi, situé à 15 km de Gatlang.


Par le biais de la construction, est formée une équipe d'ouvriers qualifiés locaux. Deux architectes-ouvriers vivent à Gatlang le temps de la construction afin de transmettre les connaissances et de vérifier la bonne mise en œuvre du bâtiment. La première maison prototype se construit sur le terrain d'un villageois qui accepte de prêter son terrain afin de commencer la construction rapidement. Quatre villageois sont choisis pour ensuite bénéficier de la construction de leur maison, sous certaines conditions. Ils s'engagent à travailler volontairement sur la maison prototype afin d'être formés aux techniques parasismiques en même temps que les ouvriers et afin d'assurer la gestion de leur propre maison par la suite, sans la présence d'aide extérieure. La continuité du projet dépend de l'expérience de cette première construction.

 

Conception et Construction

 A - Les plans

 

Le prototype s'inspire du modèle d'habitat fourni par le gouvernement et intègre les principes parasismiques communiqués par l'organisation Sheltercluster, active au Népal. La dimension extérieure de la maison est de 6,7 mx5,0m avec un espace de véranda frontale à la maison de 0,5 m. L 'espace intérieur est divisé en trois espaces au niveau du rez-de-chaussée: un espace d'entrée, une chambre et un espace de vie. Le niveau supérieur est accessible par une échelle et sert de stockage où bien d'espace de nuit secondaire. Le plan est largement inspiré du plan traditionnel des maisons de Gatlang. Nous n'avons pas repris la façade en bois afin d'assurer continuité structurelle des chaînages.


 B - Matériaux

 

La pierre provient de la forêt située au-dessus de Gatlang, à une altitude de 2500 m. L'endroit se situe à une distance de vingt minutes en camion. La pierre est un bien commun au village. Les rochers sont cassés à l'aide de burins et de masses pour être transformés en pierres de construction.  Elles sont chargées à dos d'homme dans un camion-benne, livrées à Gatlang puis transportées à dos d'homme depuis la route jusqu'au terrain.  Les éléments en bois sont préparées manuellement dans la forêt située au-dessus de Gatlang, à une altitude de 3200 m. L'endroit se situe à 1h en camion où 2h de marche. Il est déjà sec car provient d'une forêt qui a partiellement brûlée il y a quatre ans (tronc intérieur des arbres encore intact). Les troncs sont sciés puis placés sur une plateforme permettant de préparer les pièces à l'aide d'une scie de bûcheron. Les autres matériaux (limon, sable, ciment, grillage, armature.....) sont en provenance soit de Katmandou, soit de la ville la plus proche Shyaprubesi.

 

C - Description de la mise en œuvre

 

Fondations - Les tranchées des fondations sont creusées sur environ 80 cm de profondeur et de largeur. Elles forment une semelle périphérique continue englobant les fondations des contreforts intérieurs et extérieurs. Les fondations en pierre reposent sur un lit de gravier permettant une meilleure répartition des charges du bâtiment. Les pierres sont disposées de manière pyramidale en deux paliers successifs de 80 cm et 60 cm permettant d'accueillir le mur porteur en pierre de 40 cm.  Des pierres boutisses est disposée à chaque rang de pierre tous les 1m20 et de manière alternée, avec une attention particulière aux angles. Du mortier est ajouté pour solidariser les pierres entre elles. Des fers à béton de 12 mm sont placés aux angles et au centre des murs. Ils sont prit dans 5 cm de mortier et lient verticalement la structure, depuis les fondations, passant à travers les chaînages, jusqu'aux pignons. Les pierres sont mise en œuvre par superposition alternée autour des armatures. La pente du sol au pied des murs permet d'évacuer l'eau des fortes pluies de mousson pour ne pas affaiblir les fondations. Un revêtement extérieur périphérique en pierre couplé à une rigole permet l'évacuation dans de bonnes conditions.

 

 

 Mortier - Le mortier est introduit afin de solidariser les pierres entre elles et d'éviter l'effondrement de pierres. Il est composé de 9 parts de sables, pour 2 parts de limon et 1 part de ciment. Son application se fait 4 cm en retrait du mur afin de conserver un aspect "pierre sèche" du mur. Une attention est apportée au dosage d'eau, souvent trop sec.


Chaînage en gabion - Cette technique est inspirée du travail de Randolph Langenbach. Un maillage galvanisé de 10x10 mm est déroulé le long des murs de pierre avec une superposition au niveau des coins et des contreforts. Un rang de pierre couplé à du mortier est placé. L'ensemble est soigneusement refermé à l'aide de fil de fer 1,5 mm formant un chaînage continue et de niveau. L'épaisseur est comprise en 10 et 15 cm. Le chaînage est enduit afin de protéger le métal de la corrosion.  Le premier chaînage est placé au niveau supérieur des fondations englobant la partie inférieure de la porte. Le deuxième se situe au niveau inférieur de la fenêtre. Le troisième se situe au niveau supérieur de la porte et de la fenêtre. Il est composé d'une poutre en bois centrale de 50x80 mm permettant de poser et d'accrocher la structure du plancher au mur par un assemblage mi-bois et l'utilisation de clous. Le quatrième chaînage se structure avec la même méthode afin d'accrocher la charpente au chaînage.

 

 

 

Murs - Il existe dans la région un savoir-faire de la taille de pierre. Nous apportons quelques changements techniques dans la mise en œuvre de celle-ci, qui vient s'adapter aux autres concepts mis en œuvre pour la construction de cet habitat. La largeur du mur est réduite à 40 cm, au lieu de 80 cm sur les maisons traditionnelles. Des pierres boutisses sont placées tous les 1,20m et à chaque rang, renforçant la structure interne au mur. La règle est difficilement acceptée par les ouvriers et nécessite une supervision proche.


Sol au Rez de chaussée - Le sol du rez-de-chaussée est rehaussé de 30 cm, au niveau supérieur du premier chaînage. Il est isolé des remontés d'humidité par la disposition d'une bâche plastique 0,8 mm. Des pierres sont disposées sur la bâche laissant quelques vides d'air afin d'améliorer l'isolation au sol. Une chape béton est ensuite coulée. L'espace d'entrée est revêtu d'un traitement au sol en pierre et se prolonge vers l'extérieur jusqu'à la véranda. L'espace chambre est revêtu de Sukul, du bambou tressé localement fabriqué. Des poutres en bois sont placées au sol afin de marquer les différents espaces et laisser aux habitants la possibilité de partitionner l'espace par la suite.

 

Plancher à l'étage - Le plancher à l'étage est soutenu par cinq poutres de 127x152mm espacées de 915mm et solidement accrochées au chaînage par assemblages mi-bois. Le contreventement se fait par une structure secondaire en bois de 50x80mm (assemblée et clouées) et par la disposition des lattes de plancher de 4cm placées en diagonale, suivant le contreventement. On obtient une structure en diaphragme indéformable.

 

Charpente et toiture - Les cinq pannes de la charpente (127x152 mm) reprennent le même principe d'accroche au chaînage que celle de la structure du plancher. Elles s'appuient directement sur les pignons chaînés et sont assemblées au niveau des trois poteaux intermédiaires, en partie centrale. Son contreventement se fait le long de la panne faîtière.  La charpente supporte une couverture en bois, comme traditionnellement mise en œuvre dans le village de Gatlang. Les planches sont disposées sur deux strates superposées, empêchant l'infiltration d'eau. Sa durée est de vie est d'environ dix ans. Les planches peuvent être remplacées une par une selon la nécessité.

 

 

Éléments non-structurels - Les parties du bâtiment non structurelles sont laissées à l'initiative du propriétaire de la maison. L'habitant est ainsi impliqué dans une partie de la construction de son habitat laissant une petite place à l'appropriation de la construction.